CorridorVision AI : L'intelligence artificielle au service des routes corridors

Contexte : le rôle stratégique de Djibouti dans le commerce régional

Djibouti, 15 Janvier 2026La République de Djibouti occupe une position stratégique majeure en tant que plateforme logistique pour la Corne de l’Afrique. Dans le cadre de Djibouti Vision 2035, la stratégie nationale de développement vise à faire du pays un hub commercial et logistique mondial.

Djibouti constitue le principal point d’accès maritime de l’Éthiopie et des pays de la région. Le réseau de corridors routiers géré par Djibouti Ports Corridor Road SA (DPCR) s’étend sur 642 kilomètres et supporte l’essentiel du trafic de marchandises entre les marchés régionaux et les infrastructures portuaires djiboutiennes.

Ces corridors évoluent dans des conditions particulièrement exigeantes : des températures ambiantes dépassant régulièrement 40°C, des tempêtes de sable fréquentes, un trafic soutenu de véhicules lourds.

Ces facteurs accélèrent la dégradation des chaussées et augmentent les besoins en maintenance.

Problématique : limites des méthodes traditionnelles d’inspection

Avant la mise en œuvre de CorridorVision AI, l’évaluation de l’état des routes reposait sur des inspections visuelles manuelles. Cette approche présente plusieurs limites opérationnelles :

  • Critères d’évaluation incohérents : les inspections visuelles sont intrinsèquement subjectives. Différents ingénieurs peuvent classer un même défaut de manière différente, entraînant une priorisation incohérente des travaux de maintenance.

  • Exposition aux risques pour la sécurité : les inspections manuelles nécessitent la présence du personnel à proximité de voies de circulation actives.

  • Maintenance réactive : en l’absence de détection précoce systématique, les interventions avaient souvent lieu après une dégradation avancée. Des études du secteur, notamment celles de la Banque mondiale (World Bank, 2005), montrent que la maintenance préventive est nettement moins coûteuse que la réhabilitation après défaillance.

Cette approche réactive a conduit à un manque de données structurées : les activités opérationnelles étaient documentées, mais les données exploitables sur l’état réel des routes n’étaient pas collectées de manière systématique.

Road Maintenance Unit Costs
USD/km (Two-lane highway)
Unsealed 2L Highway
Routine • Maintenance
Min277
Max1,740
Mean Cost989
Bituminous 2L Highway
Routine • Maintenance
Min656
Max5,580
Mean Cost2,199
Light Grading
Periodic • Grading
Min51
Max205
Mean Cost110
Heavy Grading
Periodic • Grading
Min323
Max876
Mean Cost522
Regravelling
Periodic • Gravel resurfacing
Min1,997
Max65,038
Mean Cost15,326
Fog Seal
Periodic • Bituminous pavement
Min2,805
Max15,783
Mean Cost8,946
Preventive Treatment
Periodic • Unsealed
Min2,009
Max6,965
Mean Cost4,266
Slurry / Cape Seal
Periodic • Surface treatment
Min4,452
Max27,520
Mean Cost9,780
Single Surface Treatment
Periodic • Surface treatment
Min5,295
Max38,607
Mean Cost18,937
Double Surface Treatment
Periodic • Surface treatment
Min10,684
Max45,277
Mean Cost27,039
Overlay < 40 mm
Periodic • Asphalt resurfacing
Min12,878
Max82,320
Mean Cost38,095
Overlay 40–59 mm
Periodic • Asphalt resurfacing
Min21,021
Max126,131
Mean Cost68,713
Road Maintenance Unit Costs (USD/km)
Two-lane highway reference costs by work type
Class Work Type Activity Min Max Mean
Routine Routine maintenance Unsealed 2L Highway 277 1,740 989
Bituminous 2L Highway 656 5,580 2,199
Periodic Grading Light Grading 51 205 110
Heavy Grading 323 876 522
Gravel resurfacing Regravelling 1,997 65,038 15,326
Bituminous pavement Fog Seal 2,805 15,783 8,946
Unsealed Preventive Treatment 2,009 6,965 4,266
Surface treatment Slurry / Cape Seal 4,452 27,520 9,780
Single Surface Treatment 5,295 38,607 18,937
Double Surface Treatment 10,684 45,277 27,039
Asphalt resurfacing Overlay < 40 mm 12,878 82,320 38,095
Overlay 40–59 mm 21,021 126,131 68,713

Cette approche réactive a conduit à un manque de données structurées : les activités opérationnelles étaient documentées, mais les données exploitables sur l’état réel des routes n’étaient pas collectées de manière systématique.

Solution technique : architecture du système CorridorVision AI

Pour répondre à ces enjeux, DPCR a développé CorridorVision AI, un système automatisé de surveillance de l’état des routes. La solution privilégie la fiabilité et la maîtrise des coûts, sans recours à des équipements spécialisés lourds.

Acquisition des données

Des véhicules sont équipés de systèmes d’imagerie 4K/UHD haute performance, utilisant des caméras d’action et dashcams de qualité professionnelle, sélectionnées pour leur excellente clarté d’image.
Ces dispositifs intègrent une stabilisation avancée afin d’éliminer le flou de mouvement et sont conçus pour résister à des températures élevées, garantissant un fonctionnement fiable même dans des environnements extrêmes.

Traitement des données et annotation

Les vidéos collectées sont traitées et découpées en images individuelles. Ces images sont ensuite importées sur Labelbox, une plateforme d’annotation de données, où des annotateurs formés identifient et labellisent les défauts de chaussée, notamment : nids de-poule, fissures, orniérage.

Ce processus d’annotation supervisée par l’humain permet de constituer des jeux de données d’entraînement de haute qualité, essentiels à la précision du modèle.

Entraînement du modèle

Les jeux de données annotés sont utilisés pour entraîner un modèle de détection d’objets YOLOv8 (You Only Look Once, version 8). c’est un algorithme de détection en temps réel capable d’identifier et de localiser plusieurs types de défauts dans une seule image.

Le modèle est continuellement amélioré à mesure que de nouvelles données annotées sont ajoutées, ce qui permet d’augmenter progressivement la précision de détection.

Figure : Architecture du modèle de détection d’objets YOLOv8

Déploiement

Le modèle entraîné est déployé sur RapidCanvas, une plateforme d’IA hébergeant l’application CorridorVision AI. La plateforme traite les nouvelles données vidéo, détecte et classe automatiquement les défauts routiers, et associe chaque détection à des coordonnées GPS, facilitant ainsi la cartographie spatiale et la planification des opérations de maintenance.

À ce stade, le projet CorridorVision AI a déjà couvert plus de 844 km, avec 2 174 détections identifiées sur 4 types de défauts sélectionnés. Malgré des conditions opérationnelles exigeantes — une altitude moyenne de 399 m et des températures internes de caméras GoPro atteignant 79,11°C — les systèmes ont conservé un fonctionnement optimal, démontrant la robustesse et la fiabilité de la solution de capture haute résolution dans des environnements extrêmes.

Résultats attendus

CorridorVision AI est actuellement en phase de déploiement. À mesure que le système gagne en maturité, DPCR anticipe les améliorations suivantes :

  • Transition vers une maintenance préventive : la détection précoce des défauts permettra d’intervenir avant que les problèmes mineurs ne se transforment en dégradations structurelles majeures, réduisant potentiellement les coûts de réhabilitation à long terme.
  • Meilleure allocation des ressources : les données géoréférencées permettent de prioriser les interventions en fonction de la gravité et de la localisation des défauts.
  • Suivi historique de l’état des routes : le système constitue une base de données temporelle, facilitant l’analyse des schémas de dégradation et la planification budgétaire des infrastructures.
  • Réduction des risques pour la sécurité : la surveillance automatisée par vidéo limite l’exposition du personnel aux dangers liés aux inspections sur routes actives.

Conclusion

CorridorVision AI a démontré qu’une surveillance efficace des infrastructures peut être mise en œuvre à partir de matériel commercial standard combiné à des techniques de machine learning.
En remplaçant les inspections manuelles par une détection et une classification automatisées, DPCR pose les bases d’une gestion des actifs routiers pilotée par les données.

À mesure que le système accumule des données opérationnelles et que le modèle de détection s’améliore grâce à l’entraînement continu, cette approche pourrait servir de référence pour des projets similaires dans la région.

References

  1. World Bank. (2005). Why Road Maintenance is Important and How to Get it Done. Transport Note No. TRN-4. Washington, D.C.: The World Bank.
    https://documents1.worldbank.org/curated/en/971161468314094302/pdf/339250rev.pdf
  2. Jocher, G., Chaurasia, A., & Qiu, J. (2023). Ultralytics YOLOv8. GitHub repository.
    https://github.com/ultralytics/ultralytics
  3. Labelbox. (2024). Labelbox: The leading training data platform for enterprise AI.
    https://labelbox.com/
  4. RapidCanvas. (2024). RapidCanvas AI Platform.
    https://rapidcanvas.ai/